15 juin 2015

Pas de salaire, pas de travail

Le Monde Diplomatique met en ligne un article de Pierre Daum (ici) qui résume la situation de millions de chômeurs (plus ou moins officiels) en Algérie.

Et si les autorités investissaient dans les salaires de cette jeunesse désœuvrée, qualifiée, talentueuse et lasse de patienter à attendre de vivre?

Extrait
Mabrouk, Khaled, Hamza et leurs amis font partie des millions de jeunes sans emploi dont les responsables politiques et les médias parlent à longueur de journée. Le pays compte trente-huit millions d’habitants, dont 57 % ont moins de 30 ans (contre 36 % en France). Selon l’Office national des statistiques (ONS), il n’y aurait qu’un million deux cent mille chômeurs — soit un taux de chômage officiel de 9,8 %, équivalent à celui de la France —, dont 70 % de moins de 30 ans. Ce chiffre paraît étrangement bas. Il masque une réalité de non-emploi bien plus importante. En Algérie, 83 % des femmes déclarent ne pas être à la recherche d’un emploi (contre 34 % en France). Elles n’entrent donc pas dans les statistiques du chômage.
N’y entrent pas non plus les étudiants, dont le nombre est passé en vingt ans de cent quatre-vingt-quinze mille à un million deux cent mille grâce à une politique de construction effrénée de nouvelles universités, au détriment de la qualité de l’enseignement. Pour ces jeunes diplômés à la formation très médiocre, et qui peinent à trouver du travail, l’Etat a instauré en 1998 le système du « préemploi » : tous les établissements publics (mairies, préfectures, etc.) sont invités à leur fournir n’importe quel travail, contre un salaire, payé sur le budget national, de 15 000 dinars par mois. « Moi, explique Mourad, je connais le responsable à la mairie. Je viens le matin, et il me laisse repartir au bout d’une heure. De toute façon, il n’y a rien à faire, et j’empoche les 15 000 dinars à la fin du mois. J’ai 28 ans, j’habite encore chez mes parents, je n’ai besoin de rien… » En définitive, pour se faire une idée plus précise du chômage en Algérie, mieux vaut considérer le nombre de personnes occupant réellement un emploi : dix millions huit cent mille, soit 28 % de la population totale (contre 40 % en France). Si l’on retire les jeunes en « préemploi », on tombe à 25 %.

« On en a ras-le-bol de ce ton paternaliste »

En février 2011, dans la foulée du « printemps arabe », Mabrouk et ses amis ont fondé le premier mouvement de chômeurs vraiment indépendant du « système » : la Coordination nationale pour la défense des droits des chômeurs (CNDDC), dont Tahar a longtemps été le porte-parole et Abdelkader, le président (5). Leur moment de gloire a eu lieu le 14 mars 2013, lorsqu’ils ont réussi à rassembler plusieurs milliers de personnes — dix mille, selon eux — devant les grilles de la wilaya (préfecture). Dans le même temps, élus et notables locaux se mobilisaient pour briser le mouvement, accusant publiquement les meneurs de travailler pour des intérêts étrangers et appelant les jeunes à rester chez eux.