Extrait
Émeutes dans les rues de Pristina, exode massif vers l’Union européenne : la « normalisation » attendra. Le Kosovo est toujours le théâtre d’une double faillite, celle de la communauté internationale, et celles des élites politiques locales, corrompues et prédatrices. Décryptage avec le sociologue Dukagjin Gorani.
Ancien conseiller politique d’Hashim Thaçi, Dukagjin Gorani est sociologue et journaliste.
Le Courrier des Balkans (CdB) : Comment comprendre le nouvel exode des Albanais du Kosovo ?
Dukagjin Gorani (D.G.) : Ceux qui quittent le Kosovo sont les sans–emploi, les chômeurs, les diplômés qui ne trouvent pas de travail. Cela fait des années que des centaines de personnes se bousculent pour le moindre misérable poste, qui s’obtient le plus souvent par relation, cousinage, loyauté politique ou régionale. Ce système a submergé totalement l’idée de mobilité sociale, qui suppose pour chaque individu la possibilité de trouver sa place dans la société grâce à son travail et à son engagement professionnel. Pendant toutes ces années, des milliers de personnes n’ont pas eu la possibilité de faire partie du cercle fermé de l’élite au pouvoir, qui contrôle totalement une administration publique hypertrophiée, gardant la main sur les embauches et les contrats juteux. Enfin, la paralysie politique de 2014 a révélé une situation totalement sans espoir pour notre société, mise en coupe réglée par des bandes politiques qui s’entredéchirent. Peu de responsables politiques ont compris les effets dévastateurs de ce blocage de six mois, de cette longue période de trahison de la démocratie. Notre société est à bout de nerfs et de patience, et on en voit les conséquences dans les autobus remplis de milliers de Kosovars qui, chaque jour, quittent leur pays.