10 mars 2016

Enquête sur une catastrophe

In memoriam

7X7 fait une enquête assez fouillée sur une explosion catastrophique dans une mine de charbon en Russie (ici). Crainte de perte de salaire ou négligence des devoirs de sécurité de l'employeur, c'est en tout cas la pression à la rentabilité qui met en danger les ouvriers.

Extraits
Entre les 25 et 28 février derniers, des coups de grisou successifs ont coûté la vie à 36 personnes dans la mine Severnaïa, à Vorkouta, dans le nord de la Russie. Si les autorités préfèrent parler de « catastrophe naturelle », des proches des victimes dénoncent de nombreux manquements à la sécurité. Les mineurs seraient contraints par la direction de fermer les yeux sur les risques afin d’extraire plus de charbon. Le correspondant de la revue en ligne 7х7 a passé quelques jours à Vorkouta afin d’enquêter sur les causes et les responsables de la tragédie.

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Le lendemain de l’accident, les proches des victimes ont commencé à parler sur les réseaux sociaux d’une possible infraction aux normes de sécurité. La fille de l’un des mineurs, Daria Triassoukho, a publié sur sa page VKontakte des photos de capteurs analytiques qui avaient enregistré un dépassement des normes de méthane autorisées. La jeune femme a assuré que les photos avaient été prises le 11 février, soit deux semaines avant les explosions à Severnaïa. Elle a ensuite affirmé aux médias que la direction obligeait les mineurs à fermer les yeux sur les dépassements du niveau de gaz, et que les capteurs étaient manipulés afin de baisser les indices. Si un mineur refusait de travailler dans ces conditions dangereuses, il était invité à démissionner.
Le directeur général de Severstal, Alexeï Mordachov, a répondu qu’il était impossible de manipuler les capteurs, ceux-ci étant reliés à un système central unifié et fabriqués de façon à ne pas pouvoir être déplacés et à ce que leurs signaux ne puissent être dissimulés.
Une source anonyme au sein de Severstal nous a confié que les cadres ne s’attendaient pas à la catastrophe de Severnaïa, la mine étant considérée comme une des plus sûres de toutes celles de Vorkoutaougol. La source a précisé qu’après le rachat des actifs d’État, l’entreprise a investi d’importants moyens dans la modernisation des équipements et la sécurité des employés. « Severstal n’a pas intérêt à ce que des accidents se déroulent dans ses mines, les travaux de réparation lui coûtant très cher », a-t-elle ajouté.

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Une concentration de gaz dans la veine (secteur d’où l’on extrait directement le charbon) de moins d’1 % ne présente aucun risque pour la production. Mais à partir de plus de 2 %, l’extraction doit être immédiatement interrompue et le chantier doit être aéré jusqu’à ce que l’air soit pur. Autrement, on risque l’explosion. On peut découvrir la présence de méthane grâce à des capteurs de deux types. Les premiers sont suspendus le long de la veine.
En cas de concentration en méthane supérieure à 2 %, les capteurs la détectent et déclenchent le débranchement automatique de tous les équipements électriques présents sur le site. Cela permet d’éviter l’apparition d’une étincelle, qui entraînerait inévitablement une explosion. Le site est alors aéré afin de revenir à un niveau acceptable de concentration en méthane, puis les mineurs reprennent le travail. C’est le dispatcheur, dont la fonction consiste à surveiller les indices envoyés par les capteurs à la surface, qui leur en donne l’autorisation. Mais ces interruptions forcées se ressentent sur la quantité de charbon extraite, et donc sur le salaire des mineurs.
Les capteurs de second type – dits « analyseurs de gaz » – sont remis aux mineurs directement avant la descente sur le site d’extraction. Ils permettent de mesurer la concentration en gaz n’importe où dans la mine. Quand les capteurs se mettent à sonner (signe que la concentration en méthane a dépassé 1%), l’ouvrier le rapporte à son chef ou au responsable de la sécurité, qui ont le pouvoir d’interrompre le travail avec l’accord du dispatcheur en surface et d’aérer la veine. Ce sont des photos de ce second type de capteurs que Daria Triassoukho a publiées sur Vkontakte après la tragédie de la mine Severnaïa. Les clichés montrent que la concentration de méthane après le 11 février dépassait d’un quart le niveau autorisé. Mais on ne sait pas encore si les photos ont effectivement été prises dans la mine Severnaïa.