13 juin 2015

L'or du sang des enfants

RFI relaye un rapport de Human Rights Watch sur le travail des enfants orpailleurs au Ghana (ici, en français). Nous rappelons que la logique du profit est nécessairement, intrinsèquement psychopathe et criminelle puisque la considération comptable masque, gomme et nie toute autre dimension.

Extrait.
L’or du Ghana est, pour partie, extrait par des enfants. C’est ce qu’affirme Human Rights Watch dans un rapport publié mercredi 10 juin. Dans ce rapport, l’ONG enjoint le gouvernement ghanéen et les entreprises internationales achetant de l’or au Ghana à mieux contrôler le secteur des mines artisanales.
Au Ghana, on les appelle les « galampsey ». Un terme qui vient de la contraction de « gather them and sell », « récolte-les et vends ». Ces travailleurs œuvrent dans des mines d’or clandestines de petite taille, où l’on creuse le plus souvent la terre avec les outils les plus basiques qui soient, sans beaucoup de considération pour les conditions de travail.
Loin d’être anecdotique, la part de la production de ces mines artisanales et de petites tailles pèse lourd, dans un pays où le secteur de l'or représente 11 % du PIB. En 2013, sur les 119 tonnes d’or produites par le Ghana, approximativement un tiers (34 %) « vient du secteur des mines artisanales et de petites tailles, dont la quasi totalité a été exportée » pour un total de 1,5 milliard d’euros, souligne HRW dans le rapport « Métal précieux, travail bon marché », publié mercredi par l'ONG.
Risques sanitaires graves
Une manne qui est en partie le fruit du travail des enfants, dénonce HRW. Au terme d’un travail de terrain mené depuis 2013 dans trois régions de la « corne de l’or » ghanéenne, dans l’ouest du pays, les enquêteurs dressent un constat alarmant. Sans être la règle, le travail des enfants est largement répandu dans ces mines artisanales, souvent exploitées illégalement. Agés de 15 à 17 ans pour la plupart, certains descendent « au fond » dès l’âge de dix ans, parfois au risque de leur vie. En avril 2013, parmi les victimes de l’effondrement d’une mine clandestine à Kyekyewere, dans le centre du pays, on comptait ainsi un jeune garçon de 17 ans.
Les risques pointés par le rapport pèsent d’abord sur la santé de ces trop jeunes travailleurs: les conditions de travail harassantes, les horaires interminables dans la poussière peuvent laisser des traces durables. Surtout, le mercure est encore largement utilisé dans ces mines pour agréger les particules d’or en des blocs plus compacts que l’acheteur acceptera de payer. Or, le mercure, qui s’attaque au système nerveux, est d’autant plus nocif pour les plus jeunes que l’exposition intervient à une période cruciale du développement de l’enfant. Ce qui n’empêche pas ce métal toxique, note le rapport d’HRW, d'être facilement disponible et même « fourni par des marchands d’or aux enfants-ouvriers ».
L’autre conséquence immédiate porte sur la scolarisation. « La plupart des enfants qui travaillent dans les mines vont à l’école, et certains enfants travaillent justement dans le but de gagner l’argent nécessaire à leur scolarité », précise HRW dans son rapport, incitant au passage le gouvernement ghanéen et les bailleurs de fonds à faciliter l’accès gratuit à l’école comme outil de lutte contre le travail des enfants. Mais si « les responsables des mines artisanales et les propriétaires de machines considèrent habituellement comme inacceptable le travail des jeunes enfants pendant les heures de cours », le rapport précise que beaucoup de patrons de mines « n’objectent pas » à la présence sur leur site d’adolescents, alors que la loi, au Ghana, interdit aux enfants de moins de 18 ans de travailler dans les mines.