4 mai 2015

La guerre aux salaires, la guerre aux pauvres

On parle de reprendre les visites domiciliaires en Belgique pour "contrôler" les chômeurs. C'est l'occasion pour nous de rappeler deux ou trois choses aux crânes d’œuf qui nous servent de gestionnaires de la sécurité sociale:

1. Ce contrôle est économiquement aberrant. Le chômeur réalise la valeur ajoutée correspondant à ses prestations. Lui sucrer ses prestations, c'est amputer le PIB. À l'heure où l'économie stagne, cette mesure est déflationniste, pro-cyclique (elle renforce la crise de surproduction).

2. Ce contrôle stigmatise une pratique légitime. Le pauvre qui "fraude" pour survivre est moralement habilité à le faire. Si le voleur est une personne riche qui se gave et, ce faisant, prive le pauvre du nécessaire, son vol est moralement répréhensible. En revanche, si le voleur est acculé au besoin par le riche qui lui a pris ses ressources, le vol est non seulement légitime mais il est même impératif. S'il y a "fraude" de la part de chômeurs, c'est que leurs prestations sont insuffisantes. Pour résoudre le problème, il faut et il suffit d'augmenter les prestations de chômage et d'individualiser les droits.

3. Ce contrôle est lâche, veule, mesquin et ne résout aucun problème. Le pouvoir politique qui s'en prend aux plus faibles atteste ce faisant non sa puissance mais son illégitimité velléitaire. Si le pouvoir était légitime, s'il était en position de force, ce ne sont pas les plus faibles qu'il attaquerait mais les plus puissants. Pour aider la coalition érythréenne (adepte des camps de travail, visiblement, et de la chasse au pauvre), citons, sans prétendre être complet quelques mesures courageuses qu'un gouvernement légitime serait en position d'assumer:
- la fraude aux cotisations sociales par les patrons
- les niches "légales" qui permettent d'éluder la cotisation (légales mais illégitimes puisqu'il s'agit de vol de salaire)
- les niches fiscales (citons, par exemple, les intérêts notionnels dont le montant est comparable à la totalité du budget des prestations chômage)
- la dette déjà remboursée plusieurs fois (on pourrait peut-être s'arrêter maintenant?)
4. Ce contrôle précarise, conditionne, menace nos salaires. Les prestations de chômage sont des salaires. Ceci appelle quelques commentaires

- le gouvernement n'est pas légitime à gérer ces salaires (est-ce que vous lui laisseriez décider de votre budget familial?)
- les prestataires qui réalisent ce salaires doivent en décider les montants et les affectations or ils sont absents des instances de gestion de la sécurité sociale
- les syndicats qui gèrent la sécurité sociale entérinent des décisions sans consulter leur base. Ce faisant, ils se mettent en porte-à-faux aussi bien par rapport à leurs statuts que par rapport à l'esprit même de la gestion paritaire de la sécurité sociale

5. Ce contrôle vise tous les salariés. Les prestations chômage ne coûtent rien aux salariés affligés d'un emploi et d'un employeur. Si ces prestations disparaissaient (ce qui est en train de se passer), les salaires en emploi n'augmenteraient pas (ce qui est aussi en train de se passer). Par contre, les chômeurs poussés à la famine seront prêts à tous pour vous prendre votre job - y compris à travailler pour un salaire réduit. Les employés qui poussent les chômeurs à la faim coupent la branche sur laquelle ils sont assis. Ils se retrouveront chômeurs demain (et celui qui aura pris leur poste sera moins payé) et profiteront de la malveillance, du racisme social du gouvernement qui les harcèlera jusque dans leurs brosses à dent.

Photo de Julien Dohet.
6. Ce contrôle est une violation des droits de l'Homme. Alors que ce gouvernement est vent debout pour protéger la propriété lucrative, le fait qu'un actionnaire, qu'un banquier puisse gagner de l'argent par le seul fait d'être propriétaire, il n'a, par contre, aucun problème à violer la propriété privée, l'intimité, le droit d'être en famille ou d'être avec des proches.

7. Ce contrôle est indigne, il appelle une résistance légitime. La résistance est un devoir moral quand la loi va contre l'éthique personnelle. En l'occurrence, le racisme social institutionnel, le harcèlement institutionnel et la violation des droits de la personne les plus élémentaires qualifient ce gouvernement comme cible de désobéissance civile.

Bon courage à toutes et à tous (ce sont évidemment les femmes qui sont d'abord visées),

ce qu'ils font à l'un d'entre nous, ils nous le font à tous.