Alors que de nombreux rapports pointent les désastreuses conditions de travail des ouvriers du textile dans les pays asiatiques, l’ONG européenne Clean Clothes Campaign s’est penchée sur la situation des ouvriers en Turquie, Géorgie, Bulgarie, Roumanie, Macédoine, Moldavie, Bosnie-Herzégovine, Croatie et Slovaquie. Le rapport liste une vingtaine de marques de H&M à Benetton en passant par Zara ou Dolce&Gabbana qui emploient leurs ouvriers à des salaires extrêmement bas.

Le salaire minimum légal en dessous du seuil de pauvreté

Pour rémunérer les ouvriers, toutes les entreprises citées se basent sur le salaire minimum des pays étudiés, le coût de main-d’œuvre de l’usine étant un facteur déterminant dans le choix du site de production. Les entreprises comparent donc le salaire minimum de chaque pays afin de choisir le plus avantageux économiquement. Il faut savoir que tout comme en Asie, les ouvriers du textile turcs et d’Europe de l’Est cherchent à gagner avant tout le salaire minimum légal qui représente davantage un plafond plutôt qu’une ligne de fond.
« La Bulgarie, la Macédoine et la Roumanie ont des salaires minimums légaux plus bas que ceux de la Chine »

Le rapport souligne que le salaire minimum est en réalité un salaire « de misère » puisque dans tous les pays pointés – hormis la Géorgie qui ne possède pas de salaire minimum – ce salaire de base se situe bien plus bas que le seuil de pauvreté défini par le Comité européen des droits sociaux. «  Si on ne comptait que sur nos salaires, on mourrait de faim  », confie un ouvrier turc.

« Quand on part au travail on ne sait pas quand on rentrera à la maison »

«  Les jours de repos ou les congés maladie sont difficiles à obtenir. Même si le médecin prescrit un congé maladie, l’usine ne l’approuve pas  », explique un ouvrier bosniaque à l’ONG. Des ouvriers roumains de chez Zara et H&M déclarent ne pas réussir à atteindre le salaire minimum en restant dans le cadre légal et se voient obligés de réaliser des heures supplémentaires. Dans la plupart des usines étudiées dans le cadre du rapport, ces heures supplémentaires ne sont pas mieux payées, elles le seraient même moins. Et c’est sur demande des usines que les ouvriers bulgares, macédoniens, moldaves, roumains et turcs travaillent en dehors du cadre légal. «  Quand on part au travail, on ne sait pas quand on rentrera à la maison. En une semaine, on travaille 50 à 60 heures, parfois sans jour de repos. En général, on travaille 200 heures par mois. Parfois, ça grimpe à 400 heures par mois  », rapporte un ouvrier bulgare.

Les grossesses interdites chez Hugo Boss

Outre la question des salaires et des heures supplémentaires, le rapport souligne les conditions de travail des femmes dans l’industrie du textile, souvent considérées comme «  faibles et obéissantes  ». Une ouvrière bulgare dénonce : «  On travaille comme des robots. Pas de repos. Nos nerfs sont ruinés, nos yeux abîmés, nos dos nous font souffrir. Nous ne sommes pas traitées comme des êtres humains  ». D’anciennes ouvrières turques de chez Hugo Boss rapportent que leur contrat de travail comportait une clause leur interdisant de tomber enceintes sur les cinq années suivant la signature.
Pour tenter d’endiguer les violations, l’ONG propose aux revendeurs d’améliorer les conditions de travail de leurs ouvriers à travers 10 étapes. L’organisation suggère notamment de renouer le dialogue avec les syndicats dont les droits sont également bafoués et exhorte les états à agir. «  Les gouvernements se doivent de s’assurer que les marques et les revendeurs travaillent de manière transparente vers la mise en place d’un salaire décent  ».
L’intégralité du rapport est à retrouver sur le site de l’ONG Clean Clothes Campaign.