22 juin 2014

Glencore au Congo

Le Courrier (ici, en français) nous résume les doléances des ONG contre une compagnie minière en RDC. Pourtant, cette entreprise bénéficiait de rapports élogieux. La stratégie de pillage des ressources du tiers monde et de sabotage de ses ressources vivrières s'oppose aux droits économiques et humains les plus fondamentaux. C'est un vol criminel. Extrait

A en croire le rapport annuel 2013 de Glencore Xstrata, l’entreprise – rebaptisée Glencore depuis – est un modèle de développement durable et de respect des droits de l’homme. «Nous nous engageons à respecter les bonnes pratiques commerciales, à atteindre ou dépasser les lois applicables et à appliquer d’autres exigences externes. Nous nous efforçons (..) de contribuer à la croissance socio-économique des communautés dans lesquelles nous exerçons nos activités.»
Pourtant, l’entreprise Mutanda Mining, l’une des deux entreprises minières contrôlées par Glencore en République démocratique du Congo (RDC), n’hésite pas à profiter d’un dysfonctionnement de l’administration congolaise pour creuser dans une zone protégée en violation des lois sur la protection de la nature. En effet, le cadastre minier a accordé une concession dans une réserve de chasse où toute nouvelle activité économique est interdite. Pis, l’entreprise accélère l’exploitation de cette concession contestée. «Des millions de dollars ont été investis et un véritable village minier a été érigé en moins de cinq ans», relate le rapport. Arguant que son activité tombe sous la responsabilité de la direction ministérielle des mines, Mutanda Mining réfute «profiter d’ambiguïtés dans la loi
minière».
Pays stratégique pour Glencore
Selon les ONG, Mutanda Mining et KCC (Kamoto Copper Company), la seconde entreprise minière sous contrôle de Glencore en RDC, sont d’une «importance stratégique» pour le groupe: elles fournissent à elles seules 19% de sa production de cuivre et 82% de celle de cobalt. Ce dernier minerai est nécessaire à la fabrication de nombreux composants électroniques.
L’affaire de la mine exploitée en pleine réserve naturelle n’est qu’un des exemples du rapport de Pain pour le prochain et d’Action de carême publié hier en collaboration avec l’organisation anglaise Rights and Accountability in Development (RAID). Fruit d’une enquête de plus de dix-huit mois, ce troisième rapport sur les activités de Glencore au Congo compile les observations collectées auprès des organisations locales partenaires et lors de deux missions internationales et de centaines d’interviews.
Métaux lourds rejetés
Toujours au chapitre des atteintes à l’environnement, les ONG dénoncent les rejets de l’usine de KCC. Le précédent rapport, en 2012, avait dévoilé, le déversement dans un cours d’eau, le canal Albert, d’eaux usées extrêmement acides. Glencore avait immédiatement pris des mesures et l’avait fait savoir aux médias. Mais dans le rapport de 2014, les ONG constatent, image satellite à l’appui, que si le lieu de rejet découvert en 2012 n’est plus utilisé, un autre a été créé. Les échantillons pris sur le terrain montrent toutefois que le pH des eaux usées est passé de 1,9 à 5,2. La contamination par des métaux lourds reste, par contre, importante. Le taux de cobalt dans le canal Albert est ainsi cinquante-trois fois supérieur aux normes de l’Organisation mondiale de la santé! Des déchets tellement importants que les dépôts sous forme de poudres blanche ou bleue sont visibles à l’œil nu sur les rives du canal.