Les politiques d'austérité provoquent des réactions dans les pays concernés. Au Portugal, les travailleurs des transports en commun font grève (article en espagnol) contre les coupes budgétaires publiques alors qu'en Espagne, quand les services de ramassage des ordures font grève, c'est un quartier entier qui les soutient (article en espagnol).Mais qu'est-ce que l'austérité quand on s'oppose à l'emploi?
L'austérité est justifiée par la dette et par l'équilibre des comptes publics.
La dette est détenue par des gens qui ont pu épargner sur leurs revenus. Sans s'attarder sur le petit épargnant qui place des économies en créance de la dette publique, en obligation puisque ce petit épargnant va finir par réaliser son capital, dans une voiture, dans une maison ou dans des études pour ses enfants. La partie de la dette publique détenue par les petits épargnants est très faible.
Les gens qui peuvent épargner sont essentiellement des gros revenus - soit des salaires mirobolants, soit des revenus issus des dividendes, éventuellement par le truchement de produits financiers plus ou moins farfelus. Si c'est une épargne issue de salaires mirobolant, elle grève la productivité puisqu'il s'agit d'une partie non dépensée du capital produit; si c'est de l'épargne issue de dividendes, il s'agit d'un vol de valeur ajoutée au producteur.
En tous cas, les créanciers ont obtenu leur argent soit de manière contre-productive, ce sont alors des boulets économiques dont il faut réduire l'effet délétère sur l'économie, soit ce sont des voleurs. Il faut alors saisir les biens recelés.
Bref, nous avons donc une dette publique qui justifie une série de mesures d'austérité. Voyons ce que fait la politique d'austérité.
Elle coupe les dépenses publiques, c'est-à-dire la partie de la valeur ajoutée qui correspond à la reconnaissance de la valeur créée hors du marché de l'emploi par les fonctionnaires. Cette mesure pousse une partie des fonctionnaires au chômage, ce qui les oblige à se mettre sur le marché de l'emploi.
L'austérité coupe également les dépenses sociales, les prestations de la sécurité sociale dues aux chômeurs ou aux retraités. Ces coupes ont comme effet de diminuer le PIB, la valeur ajoutée nationale et elles privent de reconnaissance économique une série d'agents économique hors de l'emploi. De nouveau, les sexagénaires et les chômeurs sont poussés à accepter n'importe quel emploi à n'importe quel prix sur le marché de l'emploi.
Comme les chômeurs, les anciens-futurs retraités et les anciens fonctionnaires cherchent de l'emploi à tout prix, les salaires des employés diminuent du fait de l'austérité. Ceci grève la productivité nationale, fait baisser le PIB et prolonge lacrise économique.
Au final, les politiques d'austérité favorisent l'emploi et tuent le salaire. Elles
- font baisser les salaires, notamment les salaires socialisés, indépendants du marché de l'emploi
- interviennent dans la lutte entre les producteurs et les propriétaires à l'avantage des seconds
- poussent les actifs à se vendre sur le marché de l'emploi
- diminuent les revenus publics (alors qu'elles sont censées éponger des dettes)
- diminuent les revenus nationaux (ce qui rend le pays moins solvable et les dettes plus compliquées à honorer).
Souvent, les politiques d'austérité s'accompagnent de dégradations des conditions de travail, de recul du droit du travail et d'appauvrissement des travailleurs. Elles n'ont pas d'effet positif sur les comptes publics mais pourrissent les rapports de force dans le monde de l'emploi, elles permettent de sauver, d'augmenter les dividendes alors que l'économie sombre et que les employés sont de plus en plus exploités - mais c'est peut-être là leur véritable objectif.