22 avr. 2014

Acheter au son du canon

 Un article de François Charles dans Le Grand Soir (ici) lie la dégradation des conditions économiques, des conditions d'emploi, la pression sur les ressources et les producteurs et la situation politique génocidaire qui marque la région des Grands Lacs: une pauvreté endémique, un chômage de masse, des pays surendettés, des mesures d'austérité pour rembourser les dettes et un pillage - du coup bon marché, la guerre réduit les revendications salariales - des ressources.

L'Est de la RDC (République du Congo) est l'une des zones les plus riches de la planète en matières premières, en ressources minières.


Extraits

Au Rwanda: les plans d'ajustement structurels reproduisent la situation antérieure au génocide. À l'aube du massacre, le Rwanda était l'élève modèle des institutions financières internationales (IFI), la population désœuvrée et misérable était livrée à elle-même pendant que prospérait une petite élite.

Jamais les inégalités n’y ont été, en effet, aussi criantes. Selon l’observatoire des inégalités, le pays est désormais au fond du classement mondial. La Dette extérieure s’élevait pour 2012 à plus de 1.2 milliard de dollars. Le chômage y est en croissance exponentielle et, pour ceux qui travaillent encore, les conditions de travail sont totalement dégradées :" On constate que ces réformes avantagent surtout le capital au détriment du travail, principe élémentaire de l’idéologie libérale (un autre élément allant dans ce sens étant la baisse de l’impôt sur les bénéfices des entreprises passant de 50% à 35%" (Damien Millet) et encore : " Comme le dénonce l’International Union Confédération : les employeurs ne sont plus tenus de procéder à des consultations préalables avec les représentants des salariés (pour licencier) ni d’en aviser l’inspection du travail..."

Autrement dit les "bonnes notes" et les "recommandations" du FMI au Rwanda ont un arrière goût très amer de déjà vu et surtout de déjà vécu.
Sachant où de tels "conseils" ont déjà conduit le pays et l’ensemble de la Région, même si les conditions des premières guerre civiles ont évolué, on a du mal à imaginer que ces mercenaires de la finance internationale puissent continuer à sévir impunément.

En RDC: les seigneurs de guerre permettent à l'industrie minière de prospérer.
On le sait, l’ensemble de la sous-région regorge de tous les minerais nécessaires et indispensables à l’économie mondiale. Pour cette raison, les multinationales sont aux aguets et, à chaque velléité d’indépendance économique et politique locale, leurs gouvernements sont sur les charbons ardents. Alors, comme par miracle, selon les besoins et selon les circonstances, surgissent autant de conflits "tribaux", troubles séparatistes, guerres de "libération", guerres "ethniques", massacres "religieux".... autant de prétextes aux interventions militaro-humanitaires d’urgence de la part des puissances occidentales.
D’un côté le sabre de la Dette, de l’autre le goupillon de l’humanitaire !
Ainsi va la bonne santé des banques et des multinationales. La punition infligée à toute la Région pour sa propre richesse est permanente et dure depuis des décennies. Les puissances économiques et leurs gouvernements appliquent ainsi le bon vieux principe néocolonial : "Plus c’est le bazar partout, mieux on peut exploiter en paix."
Un "bazar utile", soutenu et alimenté avec la constance qu’on sait et qui aura, à ce jour, coûté plus de quatre millions de morts civils ! Une bagatelle...
Pour l’heure la RDC, le pays sans doute le plus riche en ressources, est par exemple, soumise depuis 1994 à une succession de guerres sans fin et la France n’y est pas pour rien. En effet, après avoir pris partie pour, et soutenu, ceux qui allaient commettre les massacres de masse, l’armée française, sous couvert de l’opération armée appelée "Turquoise", exfiltraient les assassins après leurs crimes, vers ... le Zaïre rebaptisé RDC.
Ils y sont toujours, armés jusqu’aux dents, se nourrissant sur "la bête". Nul ne pourra donc s’étonner aujourd’hui, que toute une partie du pays soit livrée aux milices armées, aux bandits de grand chemin sans foi ni loi qui, au gré de leurs alliances à géométrie variable, tuent, violent, enlèvent et terrorisent les populations.  
L’inquiétude monte aussi sachant que le maintien d’une telle zone de non-droit laisse, de nouveau, une place grandissante à la résurgence des slogans racistes, opposant les Hutus aux Tutsis, identiques à ceux qu’on entendait dans le Rwanda prégénocidaire. Les mêmes causes finissent toujours par produire les mêmes effets... 
Pendant que, dans ces terres abandonnées, se poursuivent des guerres de décomposition auxquelles les populations victimes ne comprennent plus rien, l’exploitation des mines et des gisements se poursuit, elle, sans encombre puisque la sécurisation armée, prétexte de toutes les interventions extérieures, est d’abord dirigée sur les sites de production, les routes du transport du minerai et les aéroports.