15 oct. 2014

Un suicide chez France-Télécom

In memoriam

Condoléances aux proches

La Rotative (ici, en français) nous signale un suicide chez France Télécom. Suicide dans des conditions aussi atroces que fréquente dans l'entreprise qui fut les PTT. Qu'on en juge.

Chacun se souvient des suicides qui se sont succédé dans le groupe France-Télécom Orange, essentiellement entre janvier 2008 et fin 2009. Selon l’Observatoire du stress et des mobilités forcées, créé par les syndicats du groupe après cette vague de suicides, 60 salariés ont mis fin à leurs jours entre 2008 et 2011. C’est le système de management mis en place qui a été dénoncé, système dont l’un des objectifs était de pousser plus de 22 000 salariés au départ. « En 2007, je ferai les départs d’une façon ou d’une autre, par la porte ou par la fenêtre », avait élégamment annoncé Didier Lombard, PDG à l’époque. Ce même triste sire, prolixe en commentaires nauséabonds, avait également déclaré à propos de la vague de suicides :« Il faut marquer un point d’arrêt à cette mode du suicide ».
Rémy Louvradoux avait commencé à travailler à France-Télécom à l’âge de vingt ans, sur un poste subalterne. Petit à petit (au bout de vingt ans), il était devenu cadre. Au moment de la privatisation de l’entreprise, en 1997, il refuse de déménager pour rejoindre l’affectation qui lui est attribuée. Sa mise au placard, « à la poubelle », pour reprendre ses mots, est inexorable. Son fils Raphaël raconte : « En dix-huit ans il a dû changer de fonction près d’une dizaine de fois. Parfois, ses missions ne duraient pas plus de deux mois. S’il s’agissait d’une mise en déploiement, cela signifiait qu’il n’avait plus de poste. Si c’était une mise à disposition, on lui faisait faire un peu tout et n’importe quoi, notamment de la double écoute. Autrement dit, le flicage du personnel des centres d’appel qui répond au téléphone. » Sympathique mise au pas pour un salarié qui défendait ses collègues dans un cadre syndical.
Ironie, ou plutôt perversion du système, le dernier poste de Rémy, qu’il avait accepté et auquel il avait cru, « préventeur », le chargeait officiellement d’aider ses collègues en difficultés et exposés au risque de suicide. Pour accomplir ce travail, France-Télécom l’avait isolé, démuni, et ne lui avait attribué ni ordinateur, ni... téléphone ! Faute de tiroirs ou d’étagères, il entassait ses dossiers par terre.
Sa famille a porté plainte avec constitution de partie civile contre France-Télécom pour homicide involontaire et mise en danger de la vie d’autrui. Avec une exceptionnelle rapidité, Stéphane Richard, le PDG, a reconnu la « faute inexcusable » de l’entreprise, et a qualifié le décès d’« accident de service ». La famille a malgré tout maintenu sa plainte, avec l’objectif de contraindre l’entreprise à s’expliquer sur ses méthodes de management, et à y mettre fin. Pour arrêter le carnage, et rendre justice à ceux qui sont morts. À ma connaissance, la plainte n’a pas abouti.