13 oct. 2014

Grève des éboueurs

Labor Notes nous fait part d'un grève impressionnante en Chine (ici, en anglais).

Extrait, traduction et résumé.

 Pendant deux semaines, les éboueurs se sont réunis tous les jours sur les pelouses du Méga-centre d'éducation de Guangzhou - un conglomérat de dix universités avec 200.000 étudiants - dans le cadre d'une grève. La grève a éclaté le 26 août dernier après qu'un changement brutal de sous-traitant a mis en péril le boulot de 212 travailleurs du nettoyage, boulot souvent occupé depuis des décennies par les intéressés.

Quand la grève s'est terminée, le 9 septembre, les travailleurs ont obtenu un accord qui comprenant une compensation de 385€ (3.000 yuans) par année de service. Les incertitudes quant à l'embauche de tous les anciens travailleurs tendent la situation. Mais, bien que le conflit ne soit pas réglé encore, sa signification est claire. Cette grève, un symptôme de la privatisation des services urbains de base, a été l'occasion d'un précédent de solidarité entre les locaux et les migrants, de leadership des travailleuses femmes et de collaboration entre les travailleurs et les étudiants. 

La grève des éboueurs dans le méga-centre d'éducation fait partie de la vague de grèves du secteur du nettoyage dans le delta de la rivière de Perle. Depuis 2008, de telles grève ont touché presque tous les grands arrondissements de la ville de Guangzhou, du fait que c'était les sous-traitants les moins chers qui étaient choisis. Les nettoyeurs du méga-centre avaient d'abord été embauchés par la ville en 2004. L'année suivante, ils ont été transférés à GrounDey Property Management. Bien que cette société soit propriété de l'État, elle agit comme un sous-traitant, elle fait jouer la concurrence pour présenter des offres de prix moins chères que celles des privés. Quand GroundDey a perdu l'appel d'offre cet été, les travailleurs ont eu le choix entre rester sous contrat avec GrounDey et devoir partir travailler loin de leurs familles ou signer avec la nouvelle compagnie et perdre leurs droits à la pension rudement gagnés, les avantages et le CDI. Le district avait budgété 426 postes de travail là où il n'en reste que ... 212. Une partie de la somme budgétée pour le nettoyage est inutilisée (quelques 10 millions € à peu près). 

C'est typique du nouveau système de sous-traitance des services urbains. Les sous-traitants vont payer la moitié des travailleurs spécifiés dans leur cahier de charge et augmenter la charge de travail de ceux qui restent de telle sorte qu'ils puissent à peine terminer à temps. C'est tellement répandu qu'il existe un terme pour l'argent gagné de cette façon: les "commissions d'extension" (拉长费 - lachangfei). Le nettoyage est un domaine stratégique pour la lutte. C'est un métier fondamental pour le fonctionnement urbain. En Chine, les emplois "propres" à l'usine, dans l'électronique, par exemple, sont occupés par de jeunes travailleurs qui changent régulièrement de travail, alors que les industries "sales" comme celle des éboueurs, sont tenues par des travailleurs plus âgés. Ces travailleurs ont moins d'opportunité d'emploi, ils sont sous pression pour rester employé pour ouvrir des droits à la pension. Le secteur des déchets emploie de ce fait une main d’œuvre beaucoup plus stable que l'industrie légère ou les industrie de service. Ce n'est pas le genre de boulot où l'on peut réduire les salaires au minimum et les travailleurs du secteur ont plus de chance que les jeunes de s'accrocher à leur emploi et de lutter pour leur de meilleures conditions de travail.

La grève a donné lieu à une solidarité impressionnante entre les éboueurs immigrés [de l'intérieur] et locaux. Les 10% d'immigrés ont été des acteurs actifs de la grève. En fait, la moitié des représentants aux tables de négociation était des migrants. Les deux groupes sont restés unis dans leurs demandes. Au début de la grève, les éboueurs s'agitaient pour constituer des paiements de sécurité sociale pour les migrants. Tout au long de la carrière, la compagnie avait payé des assurances sociales pour les locaux en refusant ce droit aux immigrés. Cette demande a finalement été reçue. Les travailleurs sont également restés unis à la fin alors que le nouveau sous-traitant proposait aux locaux exclusivement une période d'essai de trente jours alors que les immigrés devaient attendre. Les travailleurs ont résisté, ils ont refusé d'être divisés entre locaux et immigrés et ont pris conscience qu'une "période d'essai" permettrait de cibler les organisateurs.

Les travailleurs sont retournés au travail le 12 septembre, après que la compagnie se fut rétractée et eut promis que tous les travailleurs seraient réembauchés. Cela a offert un répit mais le conflit ne devait pas se terminer tant que les contrats ne seraient pas signés. Comme le 7 octobre, près d'un mois plus tard, les contrats n'avaient toujours pas été signés, les travailleurs et leurs fans restaient sur leurs gardes. Les travailleurs de la cafétéria ont mené leur propre grève éclair face à une situation analogue.

Les femmes étaient présentes en force pendant tout le mouvement. Elles représentent 80% des éboueurs et, parmi les hommes, un bon nombre est marié à des travailleuses de l'entreprise. Les 18 représentants élus étaient toutes des représentantes. Ce n'est que parce qu'elles ont décidé qu'elles auraient besoin d'un représentant masculin que 2 hommes ont rejoint la représentation. Parmi les cinq délégués à la table de négociation, on comptait un homme.

Il y a longtemps que les étudiants n'ont pas joué un rôle significatif dans une grève en Chine. Un petit groupe d'étudiants était fort impliqué. Il allait voir les travailleurs, se rendait au manifestation quotidiennes pour bavarder et chanter avec les travailleurs, leur amenait de la nourriture et de l'eau, résumait et faisait part de la lutte et, généralement, remontait le moral. Plusieurs centaines d'étudiants, sur place et dans d'autres villes, ont manifesté leur soutien. Après que la nouvelle est passée sur les réseaux sociaux étudiants, une lettre ouverte de soutien aux travailleurs a été signée par plus de 1.000 étudiants de plusieurs universités. Bien que les étudiants impliqués n'aient été qu'une petite fraction des 200.000 étudiants qui étudient de ce centre, ils ont créé un précédent pour de futures collaborations étudiants-travailleurs dans des luttes à venir. Ceci est particulièrement important dans une Chine qui connaît une explosion du nombre de diplômés et une dégradation de leurs perspectives professionnelles. Le salaire moyen du diplômé de fraîche date est maintenant beaucoup plus élevé que celui des ouvriers moyens mais être étudiant ne signifie plus qu'on quitte la classe ouvrière et ces deux groupes importants commencent à se rencontrer et à se coordonner dans leurs mécontentements. Cette grève qui semble défensive a marqué le début d'une collaboration entre locaux et immigrés [ces groupes sont strictement séparés, en Chine] et entre étudiants et travailleurs.