Extrait
Les journalistes et les syndicalistes ne sont pas autorisés à visiter les coulisses des croisières ni à interroger l’équipage et seules des enquêtes en caméra cachée ont permis de montrer la réalité d’une exploitation honteuse. Le documentaire ’La face cachée des croisières’ de Mélissa Monteiro et Jérôme Da Silva est particulièrement éloquent à cet égard. Dans toutes les compagnies, le personnel navigant s’engage pour des contrats longs, rarement en dessous de six mois et qui peuvent aller jusqu’à douze mois dans certains cas. Une fois à bord, il faut être sur le pont sept jours sur sept et près de 11 heures par jour, avec des horaires flexibles correspondant aux impératifs de service : il n’est pas rare que des employés passent une nuit blanche pour tout ranger après une soirée à thème.
De multiples nationalités se côtoient dans les cales des paquebots de croisière, partageant des cabines minuscules (moins de six mètres carré pour deux personnes), bien différentes de celles des passagers des ponts supérieurs. Il existe une hiérarchie des nationalités qui va de pair avec la hiérarchie des salaires. L’aristocratie est constituée par les officiers derrière lesquels on trouve les animateurs généralement européens. Les serveurs, en contact permanent avec les clients, constituent un échelon intermédiaire. Le salaire est d’environ 900 euros par mois, auquel se rajoutent les commissions sur les ventes de cocktails. Ramené au temps de travail réel effectué, ces derniers ne gagnent en réalité guère plus de trois euros de l’heure. L’échelon le plus bas, enfin, est composé des femmes et hommes de ménage, blanchisseurs, commis de cuisine, toute cette main d’œuvre invisible qui s’active à longueur de journée sans recevoir la moindre reconnaissance. Ces employés, généralement issus des pays les plus défavorisés (Madagascar, Philippines, Haïti) sont voués aux salaires les plus bas (400 euros par mois) et sont contraints bien souvent de travailler au noir pour arrondir leur maigre revenu, en faisant du ménage pour les autres employés ou en coupant les cheveux. Le discours de ces exploités est toujours le même : ils économisent vaillamment leur salaire afin de pouvoir aider leur famille restée au pays. Pour des serveurs venus d’Amérique Latine, d’Asie ou d’Europe de l’Est, 1200 euros par mois est un somme inespérée qui permettra à leur famille de vivre confortablement. Exploités durant le temps de la croisière, ils apparaissent ainsi comme des privilégiés jouissant d’une relative aisance une fois rentrés chez eux.
Pourtant, des conditions de travail aussi extrêmes ont un impact non négligeable sur la santé. Tenir un plateau à bout de bras, huit heures par jour, sept jour sur sept et plusieurs mois de suite, finit un jour où l’autre par avoir un impact sur l’organisme. Les serveurs développent souvent des tendinites. Et à ce moment là, il n’est pas question de prendre un arrêt maladie. Il faut continuer à travailler, sans rien dire en essayant d’oublier son mal avec des antidouleurs. Aux souffrances physiques se rajoutent aussi les désagréments causés par la promiscuité, la discipline stricte (interdiction de fumer et de boire de l’alcool à bord) la séparation prolongée avec sa famille, la menace permanente d’un licenciement en cas de faute professionnelle. Car une fois embarqué sur un paquebot de croisière, il n’est pas question de démissionner avant la fin de son contrat. Pour pouvoir travailler à bord, les employés ont dû engager des frais, suivre une formation à leur charge, acheter eux-mêmes leurs uniformes de service. Il s’agit donc d’aller jusqu’au bout pour pouvoir ramener le maximum d’argent chez soi, au risque d’aller au bout de ses forces.
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