23 avr. 2014

Des dockers payés à crédit

Le Grand Soir traduit un reportage de David Bacon sur les conditions de travail des dockers à Buenaventura en Colombie ici, sur ces dockers qui doivent s'endetter sur leur salaire.

  • Contexte (résumé)

Ce pays souffre d'un chômage de masse, de conditions de vie misérable (49,2% de la population est sous le seuil de pauvreté). Des conditions atroces qui sont des arguments dans la guerre aux salaires. Le racisme sert à gérer la main d’œuvre dans ce pays, des milices violentes terrorisent dans une impunité quasiment absolue les rares syndicalistes dans ce port privatisé depuis 1994. Les accords de libre-échange avec les États-Unis ont visiblement détérioré les conditions de travail. Les employeurs noient les responsabilités dans une chaîne de sous-traitance qui rend le payement des salaires ... aléatoire.


  • Extrait

À Buenaventura, le plus grand port de Colombie, les agents d’embauche paient 200 USD pour deux semaines de travail dans le chargement et le déchargement de cargos. Mais ils ne paient pas comptant.
Le jour de paie, les dockers ou débardeurs doivent s’adresser à un usurier et emprunter de l’argent contre la promesse d’un salaire, pour une somme cependant nettement inférieure – entre 170 et 180 USD.

« Ils sont de fait contraints de vendre le salaire que leur doit l’agent d’embauche », s’indigne Jhon Jairo Castro, président du syndicat des dockers (Union Portuaria), à Buenaventura.

(...)

Pour obtenir ce salaire, ils doivent travailler un nombre d’heures nettement supérieur à la durée de travail maximale de 48 heures par semaine fixée par le gouvernement. Certains travaillent huit heures, puis s’arrêtent durant les huit heures suivantes pour reprendre ensuite durant encore huit heures. D’autres font ce qu’on appelle l’ « équipe du diable » – ils restent sur les docks durant 24 et parfois 36 heures mais ne sont rémunérés que pour huit heures.